glaciations

Les glaciations quaternaires

A partir du Prétiglien (-2,58 à -2,4 millions d’années), ou encore au début de l’ Ere Quaternaire, des variations climatiques cycliques se font sentir.

Paléogéographie au Tiglien (-2,40 à -1,80 Ma) figure extraite de O. Dugué (2015)

Paléogéographie au Tiglien (-2,40 à -1,80 Ma) figure extraite de O. Dugué (2015)

Des phases froides, dites glaciaires, alternent avec des phases tempérées, dites interglaciaires (analogues à celle d’aujourd’hui).  Au cours de la période glaciaire, sur les terres de l’ Europe du Nord, se développent des calottes de glace ou inlandsis. Au front de ces calottes, la végétation est de type toundra, au Nord, et de type taïga, au Sud. Au maximum de la glaciation, dite pléniglaciaire, le froid est intense,  l’humidité est très faible et  l’eau reste bloquée dans le sol (pergélisol). La faible protection végétale entraîne une érosion éolienne. Les poussières transportées par le vent vont se déposer sur tout le Nord de la France donnant ce qu’on appelle les loess ou limons loessiques. Le niveau de la mer enregistre des fluctuations de l’ordre de la centaine de mètres. Au cours de la période glaciaire, les falaises édifiées pendant le précédent interglaciaire deviennent mortes, leur évolution est bloquée et leur morphologie s’atténue.
On connaît aujourd’hui beaucoup mieux la chronologie des variations climatiques quaternaires. Les principales conclusions et les documents cartographiques contenus dans cette page sont extraits de la thèse de Samuel Toucanne et repris dans l’article collectif  Toucanne S. et al, 2009 (voir biblio). Ces travaux sont disponibles en-ligne.

En bleu sur le schéma : les épisodes glaciaires.
Plusieurs alternances « glaciaire/interglaciaire » au cours du Quaternaire sont responsables du façonnage morphologique de la Manche et donc des falaises qui la bordent. Voici un aperçu des dernières glaciations qui sont également les mieux connues.

L’Elsterien (-465 ka à -418 ka)
Au cours de la glaciation elstérienne, les calottes britannique et scandinave en Mer du Nord s’unissent. Ceci implique une importante réorganisation des réseaux de drainage des fleuves centre-ouest européens et la création d’un lac glaciaire (ou lac proglaciaire) dans le bassin de Mer du Nord, entre la partie sud de la calotte et l’anticlinal Weald-Artois. Si l’origine et la chronologie de l’ouverture de l’anticlinal Weald-Artois et de la formation du détroit du Pas-de-Calais sont encore largement débattues, de nombreux auteurs considèrent toutefois que la rupture de l’anticlinal Weald-Artois daterait de la glaciation elstérienne et du débordement du lac glaciaire précédemment évoqué.

Le Saalien (-238 ka à -118 ka)
La glaciation saalienne est comprise entre les périodes tempérées (interglaciaires) de l’Holsteinien et de l’Eémien. Le Saalien comprend la seconde plus importante glaciation du Quaternaire après la glaciation elstérienne. Une calotte de glace majeure s’étend sur le nord-ouest de l’Europe durant cet intervalle. Cette glaciation est classiquement découpée en 2 avancées glaciaires successives : les glaciations du Drenthe et du Warthe, respectivement corrélées avec l’Older Saalian glaciation et le Younger Saalian glaciation.

saalien

Extension de la calotte saalienne (rouge = Drenthe et  bleu =  Warthe) (d’après Elhers et Gibbard, 2004)

Le Weichselien (-116 ka à -12 ka)
La glaciation weichselienne est la dernière glaciation connue en Europe. Elle succède à l’Eémien et précède l’interglaciaire actuel. Le début du Weichselien est généralement proposée vers 116 ka dans les stratigraphies continentales.
De nombreuses reconstructions paléogéographiques centrées sur la Mer du Nord montrent que cette dernière est soit englacée, soit au contraire libre de toute glace. L’union des calottes britannique et scandinave en Mer du Nord a été datée vers 30 – 25 ka.
Des forêts vestigiales, immergées aujourd’hui près des côtes du Norfolk, ont été reconnues et filmées par des plongeurs. Elles corroborent l’existence du « Doggerland », pont terrestre entre Grande-Bretagne et Europe, à cette époque.

Weichselien

Extension de la calotte au cours du dernier maximum glaciaire (d’après Elhers et Gibbard, 2004)

A partir de 20 ka, l’ensemble des calottes et glaciers européens connaît un retrait significatif qui marque le début de la déglaciation. De nombreuses études montrent une accélération significative de la déglaciation à partir de 18,3 ka. Après 16 ka, les calottes britannique et scandinave ainsi que l’ensemble des glaciers européens reculent à nouveau de manière importante pour occuper seulement les parties montagneuses de l’Europe, le nord de la Scandinavie et l’Ecosse. Deux phases de reprise de l’avancée des calottes et glaciers européens sont centrées sur 16,5 ka et 12 ka, respectivement au moment de l’évènement d’Heinrich 1 et du Younger Dryas, ultime événement froid du Tardiglaciaire.