Extraction

Les matériaux issus de la craie

Les galets

Les galets ont toujours fait les frais d’une exploitation par les hommes. Leur ramassage a jadis fait vivre de nombreux artisans. Même si leur exploitation fut d’abord artisanale grâce à l’aide de chevaux, elle devint vite industrielle dans les années 1950 par l’implantation d’usines. Mais cette exploitation fut si intense pendant plus de 2 siècles que le nombre de galets ramassés représente environ le stock restant sur notre littoral. L’estimation de l’extraction, entre Antifer et Le Tréport, est de 3 millions de mètres cube. C’est pourquoi afin de protéger les côtes normandes (qui sont les côtes les plus menacées de France), le ramassage des galets depuis 1975 est interdit. Les prélèvements sont limités aux environs de Cayeux où une petite dizaine d’entreprises les ramasse et les exporte dans le monde entier.
La reconstitution du stock de galets, provenant soit directement de la falaise crayeuse soit du manteau d’altération, est d’environ 110 000 mètres cube par an ou, ramenée au kilomètre linéaire de 1200 mètres cube par an.

Statue du ramasseur de galets à Saint-Jouin

Les silex du Pays de Caux sont idéalement durs et résistants aux produits chimiques, comme les bases ou acides sauf à l’acide fluorhydrique.
Tels quels, les galets servent de matériaux décoratifs ou de construction pour les anciennes maisons de pêcheurs ou les manoirs de la région. Leur neutralité et leur dureté leur permettent d’être d’excellents broyeurs. Ils sont utilisés dans la fabrication du verre grâce à leur apport en silice. Le galet noir est le plus recherché car il sert à la fabrication de la porcelaine fabriquée dans le sud de l’Angleterre (porcelaine de Westwood). Certains silex entrent dans la composition des céramiques, de la porcelaine, de certains cosmétiques ou du dentifrice. D’autres concassés se font gravillons ou sable à poncer (le papier abrasif). Ils sont utilisés également pour les travaux publics comme les peintures routières.
Le galet bâtard de Normandie aurait même servi à la construction des pistes d’envol pour les fusées américaines à Cap Canaveral au Texas mais aussi pour l’édification d’un pont en Amérique !

Le ciment

Bien entendu, il n’existe pas (ou plus) de carrières en falaise littorale. La cimenterie la plus proche se situe à Saint Vigor à une dizaine de kilomètres du Havre. La carrière se localise sur la rive droite de la Seine, non loin du port du Havre et des accès routiers. On peut y découvrir trois couches de craie d’âge et de compositions différentes.

  • La craie du Cénomanien est d’une hauteur de trente mètres, elle est massive, glauconieuse et caractérisée par des lits de silex
  • La craie du Turonien est d’une épaisseur de dix mètres et ne comporte presque pas de silex, ce qui facilite son extraction.
  • La craie du Coniacien est tendre. Elle est blanche, à silex et d’une hauteur approximative de vingt mètres. Toutefois, on peut découvrir à l’intérieur même de ce calcaire de nombreux fossiles d’animaux marins, de type foraminifères, coccolithes, qui ont contribué à sa formation.

Au-dessus de toute cette roche réside une matière non exploitable, appelé découverte, composée de limon et d’argile à silex.
La carrière de Saint Vigor est exploitée à ciel ouvert. Elle est caractérisée par un front de taille d’une hauteur exploitable de 80 mètres. Pour des raisons de sécurité, l’exploitation se fait en escalier ou plate forme de travail. Le préconcassage du calcaire est réalisé par des pelles mécaniques ou «excavateurs à roue pelle» lors d’une extraction facile. Dans le cas contraire, les exploitants se servent d’explosifs pour briser les différentes couches de craie. Ils sont constitués par exemple par de la dynamite gomme (fond du trou) surmonté d’explosif nitraté. Ces derniers sont placés au fond de trous forés en biais ou parallèlement au front de taille. Lors du tir, le pied de ceux-ci doit contenir une forte charge pour abattre la base avant le haut, ainsi les blocs se fracturent les uns sur les autres. Les matériaux brisés sont récupérés par des pelles mécaniques ou des roues pelles augmentant les rendements et facilitant l’exploitation. La craie est acheminée vers un concasseur qui peut être mobile ou fixe. Son but est de fragmenter la pierre en divers morceaux. Elle est ensuite transportée vers la cimenterie par de longs tapis transporteurs.

Les matériaux d’enrochement du port pétrolier d’Antifer

Le port du Havre Antifer est un terminal pétrolier situé au nord du Havre et au sud d’Étretat, dans la commune de Saint-Jouin-Bruneval. Il s’agit d’un port destiné à accueillir des super-tankers de 500 000 tonnes d’un tirant d’eau de 30 mètres. L’implantation du site est liée à la géologie et à la possibilité de creusement d’un chenal d’accès au travers des sables aptiens. La présence de blocs erratiques amenés par les icebergs lors de la dernière glaciation a nécessité l’abandon des dragues à godets au profit d’une drague suceuse.

La digue de 3,5 km de longueur a nécessité l’extraction de grandes quantités de craie prélevée par creusement de la falaise. Voici les principales étapes de la construction du port en images.

Dégradation des matières organiques

L’introduction de craie dans un étang peut faire floculer les matières en suspension et dégrader la matière organique.

Autres usages

Industrie de la peinture : filler pour les peintures et émulsions.
Industrie du papier : filler utilisé pour ses propriétés de forte luminosité et de diffraction de la lumière.
Industrie du bétail : incorporation dans la nourriture des animaux de ferme.
Industrie du caoutchouc :  accélération du processus de vulcanisation et amélioration de l’aspect lisse de surface.
Industrie du verre : amélioration de la résistance thermique et mécanique du verre, ainsi que la résistance aux attaques chimiques.

2 réponses sur “Extraction”

  1. Bonjour,
    Au vu des volumes prévus pour les projets d’exploitation de granulats marins au large de saint valéry en caux, pensez vous que cela puisse avoir un impact sur les plages de galets et les falaises ?
    Cordialement
    un habitant d’élétot

    1. N’étant pas impliqué dans les recherches sur l’impact des exploitations de granulats marins, mon avis sur cette question est fort peu étayé. A ma connaissance, il n’y a pas de relations entre les plaquages de granulats off-shore et les cordons littoraux de galets et de sable. A priori, il ne devrait donc pas avoir d’incidence sur l’évolution du littoral.
      L’impact du panache turbide me paraît être la question essentielle et préoccupante. Quelles sont les zones précises (en 3D) qui seront affectées par une dégradation du milieu ? Les modèles mathématiques sont-ils suffisamment exacts pour prédire cette évolution ?
      Recherchez des réponses auprès de laboratoires concernés ( Rouen : UMRs CNRS 6143 et 6554 ou IFREMER national).

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